De Pékin à Oulan-Bator, 31 heures dans le Transmongolien

Le Transmogolien est un train qui emprunte l’unique voie ferrée qui traverse la Mongolie du Nord au Sud en passant par sa capitale Oulan-Bator. Ramification méridionale du Transsibérien ce train permet de rejoindre Pékin à Irkoutsk, capitale de la Sibérie. Le voyage à bord de ce train mythique était l’un des moments forts de notre périple et nous l’avons tout particulièrement savouré. Nous avons parcouru près de 1200 km à travers des paysages époustouflants, quitté la Chine, changé les roues du wagon et traversé le désert de Gobi, le tout en un peu plus de 31 heures.

Acheter les billets

Nous avons acheté nos billets en ligne via l’agence chinoise « Chinahighlights« . Toutes nos échanges se sont faits par email et en français! Nos billets nous ont été adressés par coursier directement à notre hôtel à Pékin. Nous avons opté pour des compartiments à couchettes molles, en classe 1/2. Le billet nous a couté 262€ par adulte et 197€ par enfant. C’est un peu cher, mais guère plus que l’avion + une nuit d’hôtel et au final, c’était un voyage très plaisant dont nous avons apprécié chaque instant.

La gare de Pékin est une immense fourmilière qui semble brouillonne au premier abord. Finalement, à l’échelle du pays c’est plutôt bien organisé. Nous sommes passés la veille au soir pour ne pas la découvrir et nous avons bien fait car il nous a fallu plus de 30 minutes pour trouver l’entrée qui permet d’accéder aux quais. A l’inverse des gares de trains à grande vitesse, rien n’est écrit en anglais et nous n’avons pas trouvé la moindre hôtesse anglophone. Attention, le bâtiment pour acheter/retirer des billets ne communique pas avec la gare. Il ne faut donc pas entrer par là, même si cela ressemble à une entrée de gare (queue immense, détection de métaux, fouille des sacs) ? sauf si vous avez besoin d’acheter des billets.

Trouver le train

Ce sont finalement les serveuses d’un restaurant qui nous indiqueront comment entrer dans la gare. Comme aucune indication concernant le quai ne figure sur nos billets, je demande à l’hôtel qu’on nous écrive sur une enveloppe que nous cherchons le quai du train K23, le Transmongolien. C’est donc munis de nos billets et des quelques mots en chinois que nous arrivons à la gare de Pékin un peu avant 6h00. Le train est à 7h27, ce devrait être suffisant. Une fois passés les contrôles de sécurité, il est déjà 6h30 quand on nous indique la file d’attente numéro 4 pour notre train.

Nous profitons du temps qu’il nous reste pour acheter de quoi boire et manger pour les prochaines 32 heures. Il y a de nombreux magasins à l’intérieur de la gare et les prix sont raisonnables et bien moins chers que dans les gares de trains à grandes vitesses. L’embarquement se fait vers 7h00 environ.

Première bonne surprise en descendant sur le quai, c’est le train russe qui va nous transporter. Il est réputé plus grand (pour les couchettes c’est important) et plus confortable. Nous sommes accueillis par les deux hôtesses qui s’occuperont de notre wagon durant tout le voyage. A 7h27 précises, c’est le départ de la gare de Pékin. Nous sommes restés 28 jours en Chine et la suite du voyage nous appelle. Le temps est gris alors que nous quittons la capitale chinoise.

Les compartiments sont confortables et plus spacieux que nous l’imaginions. Les hôtesses mongoles sont sympas mais ne parlent pas un mot d’anglais. Notre wagon, ainsi que tous les wagons russes, est moitié vide. Ce n’est pas encore la haute saison. A l’arrière du train, les wagons chinois, moins chers et avec 6 couchettes dures par compartiment sans porte, sont quasi pleins.

Début du voyage en Chine

Lors de notre premier arrêt à Zhangjakou vers 10h40, les portes sont fermées. Le train reste à l’arrêt un gros quart d’heure. Impossible de descendre. Nous nous contenterons de faire des signes aux passagers chinois en attente d’un autre train sur le quai.

Les hôtesses s’affairent dans le couloir. A l’aide de fil et d’une aiguille elles recousent les passants des rideaux. Elles nous embauchent, en russe, pour les aider chacun notre tour Sophy et moi. Nous rigolons ensemble quelques minutes. Je suis très fier de mon travail de couture, elles aussi!

Second arrêt dans la ville de Datang (13h30)
Alors que nous sommes en attente de notre déjeuner, le train s’arrête une seconde fois à Datang. Le wagon restaurant chinois propose un service (très) sommaire avec seulement des œufs sur le plat, omelettes aux oignons et poulet aux oignons. Avec un bol de riz (2CNY), ça cale l’estomac mais ça reste frugal. Espérons que le changement de wagon restaurant à la frontière nous apportera une bonne surprise.

14h45 Malheureusement le temps gris vire à la pluie alors que nous quittons enfin les paysages urbains ou cultivés. Quelques bêtes d’élevage paissent dans de larges prairies bordées de collines herbeuses et de rares zones boisées. Ce sont les premières que nous voyons en Chine. J’en étais arrivé à me dire que toutes les bêtes étaient enfermées dans ce pays.

15h30 La pluie s’est intensifiée pour notre arrêt à Ulanqab. Pour la première fois depuis le matin, les hôtesses acceptent d’ouvrir la porte du wagon pendant quelques minutes pour que nous puissions prendre un peu l’air (frais et humide). Sophy, Martin et Robin entament une partie de cartes.

17h00 La pluie semble avoir cessée. Les petites villes que nous traversons s’espacent et les zones cultivées se raréfient. Au loin, les douces collines verdoyantes ont cédé la place à des dômes secs et rocailleux. Doucement mais sûrement, nous approchons du désert de Gobi.

18h00 dernier arrêt en Chine dans la bourgade de Zhu Ri He, à peine 5 minutes, et c’est le départ vers la frontière. Nous dinons dans notre compartiment des plats réhydratés grâce à la fontaine d’eau chaude disponible dans chaque wagon du train. Le wagon restaurant chinois ne nous a pas donné envie d’y retourner.

19h30 coucher de soleil sur le désert de Gobi. Les paysages sont agréables et la présence humaine de plus en plus rare. Après 4 semaines en Chine, c’est agréable. Le train continue sa route, toujours en direction des steppes mongoles.

La frontière

20h15 Le train s’immobilise, un peu brutalement, dans la ville frontière d’Erlian. Quelques passagers chinois descendent du train, ils sont arrivés à destination. Le wagon restaurant renvoie expressément les voyageurs dans leurs voiture respectives. Rapidement deux douaniers chinois montent dans notre wagon pendant que deux autres restent sur le quai et surveillent les portes. Ils disparaissent avec nos quatre passeports.

Dans le même temps, des ouvriers chinois s’affairent sous le train pour changer les boogies. En effet, la largeur des voies est différente en Chine et c’est l’étape la plus longue du passage de cette frontière. Les wagons sont isolés les uns des autres et montés à l’aide de puissants crics pour permettre le changement complet des boogies. Un par un, chaque wagon est levé puis se repose doucement sur de nouvelles roues sur les rails dont l’écartement est plus étroit. Durant toute l’opération, interdiction de descendre des wagons et interdiction d’utiliser les toilettes. Heureusement nous avions pris nos précautions quelques minutes avant leur fermeture.

A 0h30, le train est reconstitué et les passagers peuvent descendre quelques minutes sur le quai et utiliser les toilettes. Les douaniers repassent nous rendre les passeports agrémentés d’un nouveau tampon. Le train ne s’ébranle doucement que vers 1h05 en direction de la douane mongole. Les enfants dorment à poings fermés.

Attention, dans le sens Mongolie-Chine, il faut obligatoirement descendre du Transmongolien avec tous ses bagages. Eh oui, la Chine et les fouille de bagage ça commence dès la frontière …

1:30 Le train s’immobilise en Mongolie et de nouveaux douaniers contrôlent nos passeports et nos visas. Les visages des enfants endormis sont scrutés à la lampe électrique pour les comparer aux photos. Nos passeports partent une nouvelle fois se promener dans un bureau avec le douanier.

1:50 C’est le passage d’un second douanier pour contrôler les éventuelles marchandises à déclarer. Nous arrivons à ne pas lui faire réveiller les enfants à l’aide de Altanya, l’hôtesse mongole qui est devenue copine avec Sophy.

2:10, C’est l’heure que choisissent des militaires pour passer dans notre wagon et fouiller les compartiments à la lampe torche. Les enfants ne les entendront même pas.

Fin du voyage en Mongolie

2:40 Retour des passeports. Ce passage de frontière n’est pas compliqué en sois, nous en avons connu des plus difficiles mais il est impossible de dormir avant les dernières formalités. Heureusement que nous avons prévu trois jours sur Oulan-Bator pour préparer la suite, nous pourrons dormir un peu. Le train peut reprendre sa route, nous sommes entrés en Mongolie.

5:30 Premier arrêt en Mongolie. Je me réveille et me force à me lever pour voir le paysage. Le beau temps est revenu et le lever de soleil sur le désert est magnifique. Je suis épuisé et l’hôtesse me dit de retourner me coucher, mais je profite du moment.

6:20 le train s’arrête quelques minutes dans la toute petite gare de Sainshand. Cet arrêt permet notamment de croiser un train de marchandises. En Mongolie, il n’y a qu’une voie unique et les croisements de train ne peuvent s’effectuer qu’en gare. Quelques heures plus tard, nous prenons notre petit déjeuner au wagon restaurant mongole, nettement plus agréable que la veille dans le wagon chinois. Nous dépensons nos derniers Yuans, il est également possible de payer en dollar ou en Tughrik.

10h15 Nous nous arrêtons dans la ville de Choyr pour une grosse quinzaine de minutes, le temps pour les passagers de descendre se dégourdir les jambes et pour Martin de slalomer entre eux en courant à toute vitesse.

11h30 La pluie reprend alors que nous quittons doucement les paysages désertiques de Gobi. C’est sous une pluie fine et grise que nous terminons notre voyage jusqu’à la capitale mongole, non sans avoir profité une fois encore de l’eau chaude pour déguster nos dernières nouilles chinoises.

A 14h35 précises, après plus de 31 heures de voyage, le Transmongolien entre en gare d’Oulan-Bator. Il pleut à verse et nous avons sorti nos tenues de pluie. Un dernier au revoir à nos hôtesses et aux passagers et nous voilà sur le quai avec l’ambition de trouver un distributeur et un taxi (dans cet ordre).

Nous faisons quelques dizaines de mètres sous une pluie fine avant de tomber littéralement sur un mongol d’une soixantaine d’année, souriant, et qui tient dans les mains une feuille avec mon nom. La Guesthouse où nous logeons nous a envoyé un chauffeur, et c’est donc en 4X4 Isuzu avec le volant à droite que nous traversons Oulan-Bator, ville peu agréable et très embouteillée au premier abord.

Nous avons maintenant 48 heures pour planifier notre séjour en Mongolie avec l’idée de quitter rapidement la capitale pour les steppes puis, si c’est possible d’aller dans les montagnes de l’ouest, à la frontière du Kazakhstan. Mais c’est déjà une autre histoire…

3 Replies to “De Pékin à Oulan-Bator, 31 heures dans le Transmongolien”

  1. GinetteGinette

    Quelle aventure ! et si bien racontée ! Encore un merveilleux souvenir…
    Merci pour le partage

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  2. Marie-Françoise

    La Mongolie ! Le désert de Gobi ! Ces noms font rêver !! On était dans le train avec vous ! Je crois que j’y suis encore…

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